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Nouvel article sur le site Laurence Pernoud !

"Mon enfant est gaucher : comment l’aider à s’adapter ?"

https://www.laurencepernoud.com/enf...


Etre gaucher dans un monde de droitiers !

Interview de Joëlle Morice Mugnier, Latérapraticien Réalisé par Marie SAUVETON-AMEN dans le cadre d’un TPE.

Son équipe composée de : Clémence MORIN, Maeva SEVILLA en classe de première S au lycée Pierre d’Aragon de Muret (31600) Haute-Garonne.

Encadrement par : Mr Kraemer, professeur de physique-chimie, Mme Caubet, professeur de SVT et Mme Marchou, professeur de mathématiques.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de leurs travaux sur le thème des gauchers :

https://lesmilleetunesciences.jimdo.com

Qu’est-ce-que la latéralisation ?

La latéralisation, spécialisation des fonctions de chacun des hémisphères du cerveau traite de l’usage préférentiel de l‘ organe visuel, auditif, choix de la main et du pied pour un acte, une tache à accomplir.

Les usages veulent que l’on définisse généralement la latéralité de quelqu’un surtout par rapport à sa préférence manuelle. On dira donc qu’il est latéralisé gaucher ou droitier en fonction du choix de sa main en particulier pour écrire.

Pour les personnes qui sont latéralisées homogènes à droite ou à gauche, on dira qu’elles sont latéralisées "œil, main, pied", donc tout à droite ou tout à gauche. Cependant il est fréquent de rencontrer des personnes latéralisées par exemple à gauche pour l’œil, à droite pour l’oreille, à droite pour la main, à gauche pour le pied ; toutes les configurations sont possibles ; dans ce cas, on dira qu’elles ont une latéralité hétérogène.

Sur l’ensemble de la population en Occident, il y a 14 % de gauchers apparemment homogènes alors que 53 % de ces 14 % sont gauchers très souvent avec l’œil directeur droit. Parmi les personnes droitières qui viennent me voir pour des indications comme la dyslexie, la dysgraphie, des maux de tête, etc… on observe qu’elles sont droitières de la main et du pied mais gauchères de l’oeil et ou de l‘oreille.

De là peuvent découler des problèmes de lecture, une dysorthographie ou autres dysfonctionnement ; cette gaucherie“ de l’œil directeur en particulier (et non oeil dominant) est très rarement testée et prise en compte et par conséquent peu ou pas de „remèdes“ sont apportés. On dira de ces personnes présentant ces symptômes souvent invalidants qu’elles sont dyslatéralisées. Il ya plusieurs degrés de difficulté.

En revanche nous parlerons de personnes simplement mal latéralisées - qui ne sont pas forcément non plus des personnes latéralisées de manière hétérogène - dans la mesure où :

-  elles ne savent pas reconnaître leur droite de leur gauche,
-  elles sont en permanence dans le doute pour savoir quelle main et ou quel pied utiliser pour effectuer une tâche (rarement l’oeil et l’oreille sont considérés)

Cela est particulièrement vrai avant l‘âge de 7 ans.

Toutes ces personnes mal latéralisées et ou dyslatéralisées sont souvent gauchères à l’origine mais parce‘elles évoluent dans un monde de droitiers et sont contraintes d‘ écrire vers la droite dans le sens conventionnel fait pour les droitiers, donc écrivent en fermeture en vrillant souvent leur buste mais aussi lisent comme à contre-courant…, elles sont de fait contrariées par le sens de l’écriture et la lecture avec l’interdiction d’aller dans leur sens d’ouverture vers la gauche.

La théorie des deux sens d’ouverture sur laquelle est construite la latérapédagogie / latérathérapie tente de montrer que le gaucher n’est plus contrarié de la main mais l’est toujours par le sens de l’écriture et de la lecture, voire même de la pensée et cela peut générer une symptomatologie.

La juste latéralité est simple et logique pour un droitier homogène en occident puisque tout est fait par et pour lui, dans l’appréhension du quotidien (outils, sens d’ouverture d’une poignée, pas de vis, le rapport au spatiotemporel / moins l’infini à gauche / plus l’infini à droite, lecture giratoire de l’heure …) mais également tant pour le sens de l’écriture que celui de la lecture. Cette latéralité naturelle est rarement respectée pour ceux qui ont tendance à être gauchers car le sens conventionnel les oblige à aller de gauche à droite et non de droite à gauche.

Pouvez-vous nous expliquer les notions de droitier et de gaucher ? Pouvez-vous nous parler de l’oeil, du pied, de l’oreille qui peuvent-être directeurs et jouent-ils un rôle dans la latéralisation d’une personne ?

En complément de ce que j’ai indiqué plus haut, je rajouterai que l’on ne s’intéresse jamais aux oreilles et peu aux yeux et aux pieds. La notion de droitier ou de gaucher est définie surtout en fonction de la main d’écriture c’est à dire la main „directrice“, celle qui se meut dans un mouvement latéral horizontal de gauche à droite, ici en occident. Simon, on parlera de la main „dominante“ dans l’usage de : prendre, poser, couper… Le choix de la main dominante et de la main directrice peut donc être différent.

Nous parlons aussi de dominant et de directeur pour la vision et l’audition : oeil dominant pour la visée, et oeil directeur pour la vision dynamique latérale horizontale pour la lecture et le suivi de l’écriture. Les organes dominants et directeurs peuvent ne pas être les mêmes.

Ainsi selon toute logique, en référence au principe des deux sens d’ouverture, l’œil gauche, s’il est directeur doit tirer vers la gauche comme une locomotive tire son wagon et le droit, s’il est directeur doit tirer vers la droite de la même manière. Il serait incohérent à une locomotive de pousser un wagon, qui plus est si celle-ci est positionnée dans le mauvais sens comme allant à reculons ! C’est ce que l’on demande à un œil gauche directeur dans notre culture occidentale : d’être à l’arrière et de s’activer dans le mauvais sens. Dans notre système où tout doit être lu et écrit de gauche à droite, si une personne est gauchère de l’œil directeur, elle aura davantage la sensation de “pousser“ vers la droite, d’aller à contre-courant alors même que son oeil gauche est fait pour tirer vers la gauche. S’en suivront souvent des maux de tête, des douleurs ophtalmiques, une lecture lente, hachée….

Il en va de même pour l’oreille : nous avons parfois une oreille dominante différente de l‘ oreille directrice. Le plus dommageable est lorsque l‘oreille directrice n’est pas du même coté que l’oeil directeur. Ils ne travaillent pas en cohérence de coordination. Il y a conflit, tension…

Quelles sont les conséquences d’une mauvaise latéralisation ? Du fait d’être contrarié lorsque l’on est gauchers ?

Une mauvaise latéralisation peut avoir de nombreuses conséquences dans le quotidien. Ces personnes mal latéralisées même adultes, peuvent encore se sentir désorientées, déstabilisées, contrariées, sujettes à une hyperémotivité, avec des difficultés à prendre des décisions et à les mettre en application. Additionnées par des difficultés cognitives (concentration tendue, qui ne tient pas dans le temps…) et physiques (maux de tête, douleurs ophtalmiques, mal au dos au poignet pour écrire…) les peuvent largement entretenir une mauvaise confiance en elle et estime d’elle même. C’est symptômes sont souvent le signe que ce ne sont pas elles qui sont mal adaptées mais bien le système qui n’est pas adapté à leur latéralité originelle !

Dans les pays où l’on parle et écrit arabe ou hébreu, il peut y avoir de la dyslatéralité surtout pour les droitiers de la main et de l‘oeil puisqu’ils vont à contre-courant de leur sens d’ouverture naturel car ces langues s’écrivent de droite à gauche.

Le sens d’écriture le plus logique serait alors de haut en bas (l’écriture en colonne) comme pour le japonais et le chinois car il permettrait aussi bien aux gauchers et aux droitiers de s’épanouir sans contrainte avec une moindre contrariété pour les droitiers ( car les colonnes se succèdent quand même dans un sens latéral horizontal de droite à gauche).

D’ailleurs il a été observé que beaucoup de gens préfèrent lire les magasines : ce sont souvent des „œil gauche directeur“. En effet la largeur du texte en colonne (aussi appelée empan visuel) est étroite et donc déclenche moins la sensation désagréable de „pousser“, d’aller à contre-courant et de devoir fournir un effort de concentration souvent très important, qui finit par épuiser et décourage de la lecture.

Quels conseils donneriez-vous aux gauchers pour mieux vivre avec leurs différences ?

- de rester affirmés dans leur gaucherie pour les usages du quotidien et utiliser si besoin les outils pour gauchers, même si on leur reconnait une réelle capacité d’adaptation aux outils pour droitiers ! Je parle de „gaucherie“ comme je parle de „droiterie“. Le terme de „gaucherie“ ne doit plus être péjoratif ni synonyme de maladresse ! Dans ce cas, je dis plutôt“malhabile“ possible chez un gaucher comme chez un droitier !!

- Et à l’entourage, parents, enseignants : qu’au seuil des apprentissages, le petit gaucher qui écrit de droite à gauche / en miroir n’entende plus jamais "tu écris à l’envers, c’est pas bien, c’est pas normal, c’est faux…. Et que lui soit interdit d’utiliser son sens d’ouverture !

Maintenant, en principe on ne contrarie plus le gaucher de la main. Mais comme il reste contrarié par le sens de l’écriture et de la lecture en occident, qu‘ au contraire on lui dise que lorsqu’il écrit en miroir ou en écriture spéculaire comme Léonard de Vinci la pratiquait quotidiennement, „c‘est normal, à l’endroit pour toi, bien, juste“ . Ce sont les deux premiers discours et autorisations indispensables dans l’application afin que son cerveau se synchronise normalement.

Pensez-vous que le fait que les gauchers soient en perpétuelle adaptation favorise leur développement hémisphèrique ?

Oui ! Les techniques d’imagerie médicale , les IRM le montrent. 53 % des 14 % de gauchers ont développé une deuxième aire du langage, dans l’hémisphère gauche, comme pour les droitiers. Ainsi, ils ont deux centres du langage, un à gauche sans oublier leur centre originel dans l’hémisphère droit. Ils sont donc souvent plus avantagé que les droitiers, comme avec une longueur d’avance et cela se vérifie par leurs performances sportives (escrime, foot, tennis…) mais aussi en mathématique, en art…. Beaucoup sont précoces, Hauts Potentiels….

D’être en capacité de développer des aptitudes cérébrales complémentaires pour s’adapter illustre ce qu’est la plasticité cérébrale : de nouveaux circuits neuronaux peuvent jusqu’à notre mort être connectés et favoriser avec cohérence nos capacités et augmenter nos compétences cognitives et émotionnelles !

Pouvez-vous nous parler de votre livre Gauchers en difficultés : la latérapédagogie, une richesse inexploitée , de son sujet et des raisons qui vous ont poussée à écrire et dans quels buts ? Qu’est-ce que la latérapédagogie ?

Petite, j’ai été gauchère contrariée de la main d’écriture. Saturée par un mal être cognitif en particulier (concentration tendue, maux de tête, lecture laborieuse…) j‘ai à 33 ans décidé de reprendre ma main gauche pour écrire mais, „comme il se doit“, en utilisant toujours le sens d’ouverture des droitiers donc le sens conventionnel et quand j’ai senti, compris que cet espace ne me correspondait pas, maintenant un sentiment de blocage et qu’il ne me permettait pas de m’épanouir j’ai commencé à totalement investir mon espace d’ouverture de droite à gauche. Mais les fruits nombreux de bien être, de réconciliation avec mon identité de gauchère…, cette petite révolution n’étaient pas suffisants. Quelque chose n’était pas totalement abouti. J’ai donc, après avoir réhabilité ma gaucherie en écrivant en ouverture vers la gauche (écriture en miroir ou écriture spéculaire), mis au point des stratégies pour m’adapter au système droitier, en particulier en passant „oeil directeur gauche“ à „oeil directeur droit“ pour lire et suivre mon écriture dans le sens conventionnel de gauche à droite.

La latérapédagogie dans son aspect fonctionnel était née ainsi que la latérathérapie qui a davantage l’objectif de réguler l’espace émotionnel, psychologique et psychique de la personne ayant souffert de dyslatéralité, légitimement touché par la contrariété de sa latéralité originelle, pour avoir été contrainte de s’adapter, d’évoluer dans un système qui ne lui était pas adapté.

Puis un été, je consultais un blog de gauchers rempli de témoignages de souffrances, d‘ interrogations… Je ne pouvais donc pas juste pratiquer et transmettre ma méthode. Il fallait par ce livre, que je témoigne publiquement à mon tour de la pertinence de la méthode et de ses possibilité de résilience, de ses bienfaits. J’illustre mes proposa de vignettes cliniques et donne également des pistes d’expérimentation pour réhabiliter sa latéralité „naturelle“ et des stratégies d’adaptation aux systèmes cognitif s (occidental/oriental).

Je continue d’avoir de magnifiques, d’émouvants retours. Les gens sont touchés, se sentent davantage compris et peuvent souvent retrouver le gout, l’envie de s’en sortir. Je ne regrette donc vraiment pas ces années d’échecs scolaires et de galères !

Mais ce n’est pas tout ! De plus en plus de „vrais droitiers“ viennent consulter un latérapédagogue (enseignant scolaire, éducateur spécialisé, AVS…) ou latérapraticien ( gaphothérapeute, orthophoniste, psychopraticien…) !!

Ainsi en utilisant la main gauche lorsque l’on est droitier , on active l’hémisphère droit et on stimule son espace intuitif et créatif . Il y a quelques années, j’accompagnais une personne en latérapédagogie/thérapie, avec laquelle nous avons beaucoup fait de stimulations interhémisphériques avec des prégraphies et du travail corporel / gestuel dans l’espace. Parallèlement, elle était en psychanalyse et me dit un jour sa stupéfaction de se souvenir enfin de ses rêves, inaccessibles jusqu’alors : son hémisphère droit s’était comme débloqué. C’est la moindre des choses lorsque l’on sait que la psychanalyse travaille à partir des rêves !

J’ai donc mis en place une formation pour maitres des écoles, graphothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes etc… car ils peuvent particulièrement adapter la latérapédagogie à leur pratique professionnelle et s‘ils sont formés à la thérapie, la latérathérapie. Nous permettrons ainsi aux élèves, aux patients de vivre davantage en cohérence et en unité de corps et d‘esprit.

Oui, les spécialistes ont de plus en plus conscience du conditionnement de notre cerveau par le système de lecture et d’écriture. Le déconditionnement est en marche, le possible est possible !

Joëlle Morice Mugnier www.gaucher-droitier.com


SUD RADIO, ce Lundi 13 juillet 2015 : Les gauchers !

_ http://www.sudradio.fr/Podcasts/Le-...


NOUVEL Obs, 13 aout 2015 :

LE PLUS. Depuis les années 1950, les gauchers ont repris du poil de la bête. À cette époque, beaucoup d’individus naturellement gauchers étaient contraints d’utiliser leur main droite pour les tâches de la vie courante. Joëlle Morice-Mugnier, thérapeute, fait partie de ces gauchers contrariés. À 33 ans, elle a décidé de réapprendre sa gaucherie.

Édité et parrainé par Louise Auvitu

http://leplus.nouvelobs.com/contrib...


Article sur "psychologies.com" :

"Être gaucher, entre chance et difficulté"

Interview de Joëlle Morice Mugnier par Elyane Vignau

"On les a longtemps « contrariés », en leur interdisant de se servir de leur main dominante. Aujourd’hui, les gauchers sont mieux acceptés et en général mieux accompagnés dans leur scolarité. Cela signifie-t-il pour autant la fin de leurs difficultés ? Pas forcément, répond la spécialiste Joëlle Morice Mugnier, qui a imaginé des solutions pour les aider face à une société qui reste conçue par, et pour, des droitiers. Mais aussi pour leur permettre d’exploiter au mieux leur potentiel et leurs spécificités."

Pour accéder à l’article, cliquer sur le lien suivant :

www.psychologies.com


Le 30 juillet 2014 :

Dossier complet dans la revue HAMODIA de la communauté juive :

" Les gauchers, ’des gens à l’envers’ "

Par Noémie Grynberg


VIVA Le Journal :

SANTÉ, SOCIAL, MUTUALITÉ : CHAQUE JOUR L’ESSENTIEL DE L’INFO

"Être gaucher dans un monde de droitiers"

Par Corinne Renou-Nativel

Si notre société ne s’emploie plus à contrarier les gauchers, elle demeure conçue par et pour les droitiers. Les gauchers doivent sans cesse s’adapter. Un atout s’ils sont conscients des spécificités de leur fonctionnement.

Notre vocabulaire exprime la discrimination qui frappe toujours les gauchers. On dit d’une personne qu’elle est adroite ou gauche. Une personne habile des deux mains est appelée ambidextre, ce qui signifie « deux mains droites ». Tandis qu’une personne malhabile s’entendra dire qu’elle a « deux mains gauches ». « Dans le sens commun, le gaucher se définit essentiellement par l’utilisation de sa main gauche : on n’évoque pratiquement pas le pied, l’œil et l’oreille » constate Joëlle Morice Mugnier, psychopraticienne de la méthode Vittoz(1), elle-même gauchère et auteure de "Gauchers en difficulté. La latérapédagogie, une richesse inexploitée" (éditions Pierre Téqui). Cette particularité est diversement appréciée dans le monde. « Actuellement, on estime à 14 % le nombre de gauchers en France et en Europe. En Orient, où il existe de fortes interdictions de se servir de la main gauche, ils ne sont que 3 ou 4 %. Aux Etats-Unis, où on a laissé plus tôt qu’en France les gauchers utiliser leur main dominante, ils sont 33 % », détaille Joëlle Morice Mugnier.

Autrefois, pour faire passer aux gauchers le goût d’employer leur main gauche, on recourait à toutes sortes de brimades et sévices. Depuis les années 1950, il est généralement accepté de ne pas contrarier l’usage de la main gauche. Néanmoins, notre société demeure fondamentalement adaptée aux droitiers, qu’il s’agisse des poignées de main, des tire-bouchons, des cutters, sans compter les poches intérieures des vestes (à gauche pour y placer un objet avec la main droite), les boutons de déclenchement des appareils photographiques, la position des couverts à table, la validation du titre de transport dans le métro, etc. Du matériel adapté « Lorsque j’étais enfant, je me sentais malhabile quand je coupais une feuille avec des ciseaux, se souvient Isabelle, 47 ans. Maintenant on trouve des ciseaux pour gaucher dans tous les supermarchés. Des sites spécialisés proposent du matériel adapté pour l’école, la cuisine, le bricolage, etc. Ma fille, gauchère comme moi, n’a pas rencontré de difficultés. »

Si les chiffres du pavé numérique sont souvent à droite sur les claviers et que les souris sont conçues pour des droitiers, l’ordinateur s’avère globalement un bon outil pour les gauchers. « Il existe des souris spéciales, note Joëlle Morice Mugnier. Le clavier offre une grande maniabilité. Statique, il n’oblige pas à déplacer les mains de gauche à droite. Plus que par les outils, le gaucher est contrarié par ce sens de l’écriture, de la lecture, voire de la pensée. »

Une petite expérience permet de mieux comprendre. Si l’on tend les bras devant soi et qu’on ouvre l’un et l’autre successivement, on voit que le sens d’ouverture du bras droit est de gauche à droite, mais celui du bras gauche est de droite à gauche. Or l’ouverture de gauche à droite est la seule reconnue pour écrire, lire, réfléchir. Nos pensées, comme la représentation du temps, sont en effet également formatées par ce sens : passé à gauche, avenir à droite, pour ne donner que cet exemple.

Les gauchers ont des atouts Ce qui semble logique pour un droitier ne l’est pas pour un gaucher, qui devra contrarier son élan naturel vers la gauche. « Il existe encore un pas à franchir : permettre aux gauchers d’investir leur sens d’ouverture droite-gauche, explique Joëlle Morice Mugnier. Ce peut être en dessinant des pré-graphies (boucles, ponts, cuvettes, etc.) de droite à gauche, ce qui permet au cerveau de fonctionner selon sa normalité. Il est possible aussi d’écrire dans ce sens sur un papier calque pour que les droitiers puissent lire en tournant la page, ou tout simplement de signer ou de tracer des traits de droite à gauche. Il s’agit de trouver un équilibre entre son fonctionnement et l’adaptation au système. »

Les gauchers ont des atouts. On les dit plus créatifs. Habitués à jongler entre les deux hémisphères, tennismen, boxeurs, pongistes et escrimeurs gauchers sont plus performants. De façon générale, les gauchers ont plus de souplesse cérébrale parce qu’ils doivent davantage s’adapter à des situations différentes. « Cela décuple leurs capacités, affirme Joëlle Morice Mugnier, mais à condition qu’ils puissent utiliser leur sens d’ouverture. »

(1) Méthode de rééducation psychocorporelle

Conseils aux parents :

Ce n’est pas parce qu’on est droitier que son enfant l’est aussi. Avant la latéralisation, qui intervient vers 6 ans, il peut passer indifféremment de l’usage d’une main à l’autre, selon les moments et les usages. Il est important de le laisser réaliser librement ses gestes au quotidien. Si une prédominance à gauche s’installe, il faut l’aider à positionner sa main sous les lettres afin qu’il ne casse pas son poignet, ne torde pas son torse pour écrire. Des graphothérapeutes recommandent de le laisser dessiner et écrire sur une ardoise installée verticalement, ce qui va l’habituer à bien placer sa main. S’il écrit de droite à gauche, il est important de lui dire qu’il n’écrit pas « à l’envers » mais selon ce qui est juste pour lui, tout en lui expliquant qu’il est dans une société de droitiers avec une écriture de gauche à droite.

C. R.-N.


- UNE INVENTION GÉNIALE !

Article publié en septembre 2012 dans "Esquisse", la revue de CANSON

Cf. article rubrique "les outils pédagogiques " -> Cahier claque CANSON


Par Anne Laure Blanc. Site de la Fondation pour l’Ecole – le blog de la liberté scolaire – 30 septembre 2011.

Si le plus célèbre des gauchers n’est autre que Léonard de Vinci, combien d’autres ont souffert d’être considérés comme gauches, maladroits, « pas dans le bon sens », combien sont en difficulté quand il s’agit de lire, d’écrire et de compter ? Gauchère elle-même, Mme Joëlle Morice Mugnier, psychopraticien de la méthode Vittoz, propose une pédagogie fondée sur la structuration de la latéralité, la latérapédagogie. Elle a résumé ses recherches dans un livre « Gauchers en difficulté – La latérapédagogie, une richesse inexploitée » (Pierre Téqui, 2011). Elle répond à nos questions.

Gauchère vous-même, vous avez été confrontée dès l’enfance à divers obstacles. Quels sont les plus fréquents ?

Il est commun de dire que le gaucher, puisqu’il n’est plus (a priori) contrarié de la main pour écrire, n’a plus à souffrir de sa gaucherie. Tout le monde imagine qu’il est « bien dans ses baskets ». Il existe d’ailleurs pour lui beaucoup d’outils ergonomiques qui facilitent sa vie quotidienne : ouvre-boîte, ciseaux… (Cf. www.lesgauchers.com). Je fais partie des 14 % de gauchers en Occident qui, bien qu’écrivant avec leur main dominante, sont en réalité toujours contrariés par le sens gauche/droite de l’écriture, de la lecture, voire même de la pensée. Nous écrivons, lisons et souvent pensons « en fermeture ». Ce ne sont donc pas seulement quelques poignées de porte qui s’ouvrent à l’envers pour nous gauchers qui malmèneront notre intellect, notre psychique, nos affects… L’impact de la contrariété du sens conventionnel sur le cerveau est plus important qu’on ne pourrait l’imaginer.
Ma scolarité chaotique en est un exemple, corroboré par le témoignage de nombreux patients. Elle s’est transformée en un vrai parcours du combattant : mauvaise écriture, lecture lente et hachée jusqu’à en avoir le dégoût. A cela peuvent s’ajouter des troubles de la concentration, de la compréhension, de la mémorisation, de la restitution, une perte de la confiance en soi… Une telle scolarité peut se solder au mieux par des échecs, au pire par le renoncement à des études universitaires.

On peut être gaucher ou droitier de la main, mais aussi de l’œil ou du pied. Expliquez-nous cela.

Vous l’aurez constaté : sur terre, il n’y a pas que des droitiers homogènes, c’est-à-dire dont la latéralité s’est fixée à droite - pour l’œil, la main, le pied, sans oublier l’oreille. Il existe aussi des gauchers homogènes, complètement latéralisés à gauche. Par ailleurs, nous vivons ici dans un système conçu par et pour les droitiers. Alors, pourquoi existe-t-il encore des gauchers ? Sans doute parce qu’ils ont résisté ! Et pourquoi certains individus sont-ils « droitiers de la main/gauchers de l’œil » et « gauchers de la main/ droitiers de l’œil » ? (Nous parlerons du pied et de l’oreille une autre fois peut-être). Par expérience, je pense pouvoir dire que, dans les deux cas, il s’agit de gauchers en mutation.

Je m’explique : que ce soit pour la main droite dans le 1er cas et l’œil droit dans le 2e, une adaptation maximum, inconsciente, s’est sans doute faite au point d’intégrer le système gauche/droite dans l’utilisation de ces organes. L’œil gauche du 1er cas et la main du 2e ont, eux, résisté au système. Nous allons voir que certains symptômes peuvent en être la manifestation.

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, bégaiement, migraines, hyperémotivité… et si tous ces troubles étaient dus, en partie ou en totalité, à une mauvaise latéralité ?

Il n’existe pas de mauvaise latéralité en soi. Il reste surtout que pour trop de dyslatéralisés -des millions – le système cognitif n’est pas adapté au fonctionnement de leur cerveau. Malgré cela, il y a heureusement beaucoup de gauchers ou de droitiers hétérogènes qui vont bien et ont trouvé leur équilibre. Si les cerveaux de gauchers avaient pu évoluer dans une civilisation gauchère où tout aurait été écrit de droite à gauche pour être lu de droite à gauche donc pensé de droite à gauche, il n’y aurait vraisemblablement pas eu de « dys-quelque chose », ni de « dys sur dys ».

Quelques exemples.

• Un dyslexique, le plus souvent gaucher de la main et/ou de l’œil, lorsqu’on lui présente la lettre « b » a tendance à y voir un « d » dans un premier temps, et finalement un « b » selon son sens d’ouverture dominant. « b » et « d » sont comme confondus. Il est dans la « fusion/confusion » la plus totale.

• Un gaucher, dans notre société droitière, sollicite deux fois plus son hémisphère gauche qu’un droitier : pour ses activités cognitives puisque l’on sait maintenant que la plupart des gauchers ont un deuxième centre du langage à gauche ; c’est ce même hémisphère gauche qui active, via le cerveau limbique, leurs capacités affectives, émotionnelles, intuitives et créatrices. Leur « cerveau gauche » n’est jamais vraiment tranquille ou au repos.

• Des migraines, des céphalées ophtalmiques… peuvent survenir lors de la lecture si l’œil dominant est le gauche. Car celui-ci, voulant naturellement lire dans son sens d’ouverture de droite à gauche, aura la sensation de pousser laborieusement les mots lorsqu’il devra lire de gauche à droite. Conséquence : le temps de convertir les lettres dans le « bon sens » et de les déchiffrer, le gaucher de l’œil devra bien souvent relire la phrase deux, trois parfois jusqu’à six fois pour accéder à la compréhension du texte.

• Enfin, un gaucher qui ne reconnaît pas le milieu de vie dans lequel il tente de grandir comme étant suffisamment cohérent, conforme et respectueux de son fonctionnement, peut ainsi développer de nombreux troubles symptomatiques jusqu’à se renfermer dans sa bulle et avoir un comportement de type autistique même léger.

Bien sûr, tout ceci est inconscient.

Malheureusement, durant les siècles passés (mais encore trop aujourd’hui), la main gauche était la « mauvaise main » ou la « main du diable ». Dommage pour les gauchers des civilisations à l’écriture droite/gauche. Ce qui m’autorise à penser qu’aujourd’hui, parce que les gauchers sont de moins en moins contrariés de la main, ceux qui écrivent l’hébreu et l’arabe sont les gauchers les plus heureux de la planète !

Quels conseils simples donneriez-vous aux parents quand ils s’aperçoivent que leur petit enfant semble gaucher ? Comment des enseignants de maternelle peuvent-ils aider les petits gauchers ?

Sur le plan comportemental, il va de soi maintenant que le parent ou l’accompagnateur laissera l’enfant prendre sa petite cuiller ou son crayon avec la main gauche, shooter avec le pied gauche dans le ballon, prendre une photo avec son œil gauche si telle est sa volonté.

Des conseils simples, me demandez-vous ? Toutes mes précédentes explications peuvent donner le tournis : sens droite/gauche, gauche/droit, vrais et faux gauchers…On peut avoir le sentiment d’y perdre son latin ! Dans un certains « sens » peut-être ; il m’aura fallu plus de dix-sept ans pour défricher le terrain des réalités de notre système gauche/droite et pour découvrir celles des gauchers homogènes comme hétérogènes et pour amener des propositions de travail opérationnelles.

Le principe en est le suivant : autoriser le gaucher à investir son sens d’ouverture dominant pour se structurer selon sa normalité tout en lui donnant les moyens de s’adapter au système auquel il appartient.

La latérapédagogie, à l’aube des apprentissages, et la latérathérapie comme approche réparatrice chez les plus grands, couvrent en réalité la demande de nombreux individus désireux d’être mieux structurés dans leur latéralité et d’enrailler certains symptômes. Une proposition bien simple : au lieu d’imposer d’emblée au petit de faire des boucles, des ponts, des cuvettes… de gauche à droite afin qu’il intègre l’écriture conventionnelle, le laisser les tracer de droite à gauche. Vous observerez qu’il placera spontanément sa main sous les prégraphies. Lorsque chaque série sera maîtrisée, lui proposer le tracé en « boustrophédon », c’est-à-dire « en lacet ». Une première ligne de droite à gauche puis la suivante de gauche à droite, etc.
Parmi les nombreux avantages que je vous laisse le soin de découvrir dans « Gauchers en difficulté… », il y a celui de ne plus avoir besoin de tordre le poignet : sur l’effet de sa lancée, la main gauche naturellement bien placée sous les graphiques dans le sens droite/gauche a toutes les chances de le rester dans le sens gauche/droite. Le poignet n’est plus contorsionné, la posture dorsale est rétablie au mieux et les lettres sont bien formées.

Vous avez créé des outils pratiques pour aider à structurer la latéralité. Pouvez-vous nous les décrire brièvement ?

Tout cela n’est pas magique et demande un minimum de « bon sens », de la patience et de s’adapter à chaque type de gaucherie : franche ou homogène, hétérogène, « qui s’ignore » ou autres « faux droitiers ». C’est pourquoi la latérapédagogie s’adresse en premier lieu aux gauchers et aux personnes en recherche d’une meilleure latéralisation mais aussi aux parents, enseignants, orthophonistes, graphothérapeutes, graphologues, orthoptistes, psychomotriciens… pour qu’ils prennent le relais en s’appropriant la méthode et les outils et l’adaptent à leur pratique. Il est possible d’en prendre connaissance à travers le livre et plus particulièrement lors de journées de formation ; (www.gaucher-droitier.com).

Les outils déjà disponibles sont la carte-flèche et le cahier de papier calque Canson.
Rien n’indique à un enfant qui ne sait pas encore lire dans quel sens il doit lire, sauf à ce que l’adulte montre la « bonne » direction par le mouvement linéaire horizontal de son doigt. Mais cela n’est quasiment jamais nommé, encore moins expliqué. La carte-flèche permet à l’enfant de conscientiser son sens d’ouverture dominant lorsqu’il trace par exemple des boucles de droite à gauche. La flèche retournée dans l’autre sens et placée au dessus de la feuille, il sait qu’il se prépare à faire ses tracés de gauche à droite. Il en va de même pour les apprentissages de l’écriture des lettres, mots, phrases et bien sûr de la lecture. Avec l’écriture en boustrophédon et la carte-flèche, le cerveau de l’enfant intègre peu à peu le sens conventionnel.

Le cahier de papier calque Canson est devenu indispensable pour les jeunes et les moins jeunes qui ont à rédiger un texte. Ils écrivent d’ailleurs souvent depuis longtemps de droite à gauche mais à l’abri des regards… Plusieurs peuvent témoigner que d’écrire ainsi sur calque a débloqué leurs processus cognitifs : ces gauchers sont enfin concentrés souplement donc comprennent et mémorisent mieux, trouvent plus facilement leurs mots ; s’ils étaient coincés dans l’élaboration de calculs mathématiques, les stratégies et les solutions viennent d’elles-mêmes. N’oublions pas : pour un gaucher confronté à une opération, les unités devraient se trouver à gauche et les dizaines à droite, tout comme le résultat !

Je remercie d’ailleurs les professeurs qui ont accepté que leurs élèves gauchers travaillent sur ce cahier calque ; ils reconnaissent qu’il est facile de corriger les exercices après avoir retourné le calque. A présent, je me consacre à deux projets : trouver une entreprise qui acceptera de fabriquer l’ardoise double-sens® (A bon entendeur… !). Sa particularité est d’être principalement en plexiglas® transparent. Elle donne donc les mêmes avantages que le calque et fait généralement office de brouillon. De plus, elle est effaçable. Vous pourrez visionner la démonstration de l’écriture en miroir sur le site www.gaucher-droitier.com.

Tout aussi utile, le cahier d’exercice d’écriture et de lecture. J’ai déjà de nombreuses demandes pour aider les petits de Grande Section et de CP.

.....Depuis l’été 2013, l’ardoise double-sens est fabriquée par un ESAT et le cahier d’exercice est disponible en français et en anglais.

En vente sur www.lesgauchers.com rubrique livre "Gauchers en difficulté..."


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